Devenir ou ne pas devenir maman?

Étant plus jeune, je me suis toujours dis qu’un jour j’allais moi aussi avoir des enfants. Dans ma tête, c’était une normalité. Quand j’allais finir l’école, j’allais me trouver un travail, j’aurais forcément un amoureux, qu’on allait se marier et qu’ensuite on aurait des enfants. Puis, au fil du temps, avec les choix professionnels que j’ai fait, j’ai perdu de vue mes objectifs de petite fille qui m’avaient été inculqués naturellement par mes parents, mais aussi par la société dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, étant la femme que je suis, j’ai un discours plutôt différent. Je ne veux pas me marier, puis je ne veux pas d’enfant! Ou c’est ce que je croyais…

L’appel maternel, je ne sais pas à quoi c’est supposé ressembler, mais moi, je ne l’ai jamais eu. Autant que certaines femmes peuvent le ressentir au plus profond de leur entrailles, ce rôle de mère qui les appelle, autant que moi, ce n’est jamais venu! Puis, à l’aube de mes 30 ans, j’étais déployée en Irak dans le cadre de mon métier, et un genre de déclic s’est fait dans ma tête (et mon cœur). J’écoutais un documentaire qui expliquait qu’à partir de 30 ans, les femmes perdaient de plus en plus de chances de tomber enceinte, et ce à chaque cycle menstruel. Cette information, je la connaissais déjà, mais jamais je n’avais été confrontée à y faire face. J’allais avoir 30 ans et j’étais en pleine crise existentielle, au beau milieu du Moyen-Orient! Tout d’un coup, je remettais tout en doute; ma job, ma relation amoureuse, ma vie au grand complet! Est-ce que j’étais à la bonne place professionnellement? Est-ce que j’avais trouvé l’homme de ma vie? Est-ce que je devrais tout lâcher et déménager dans un autre pays? En gros, est-ce que j’étais en train de passer à côté de quelque chose qui me rendrait plus heureuse? Je m’éloignais de plus en plus de ma vie au Québec.

Après 7 mois de distance, je peux vous dire que le retour est plutôt dur sur un couple. Quand tu reviens enfin chez toi et que ta tendre moitié t’attend à l’aéroport, tu t’attends à un conte de fée, au bouquet de fleurs et à pleurer de joie. Pour ma part, sans l’avoir vu venir, c’était tout le contraire. J’avais presque eu l’impression d’avoir un inconnu en face de moi. Mon retour n’était pas du tout le portrait des nombreux vidéos de « homecoming » des militaires qu’on peut voir sur les réseaux sociaux et qui m’amènent toujours la larme à l’œil. Pourtant, j’aime mon chum! J’étais contente de le voir et d’être à la maison, mais je m’attendais à plus. Je m’attendais à ce que mon cœur soit tellement rempli de bonheur que j’en perdrais mes moyens. Mais non. On pouvait sentir le malaise dans l’air. Tout ça pour dire que j’ai dû avoir une bonne période d’adaptation lorsque je suis revenue chez moi auprès de mon conjoint. J’ai dû réapprendre à vivre à deux et à m’ouvrir à lui. Malgré tout, je pense que c’est une réaction normale, considèrant ma réalité en Irak. Je travaillais 7 jours sur 7 durant de longues heures, je n’avais donc pas du tout le temps de m’ennuyer. J’étais dans mon élément et j’étais contente d’être là-bas. À la base, je suis une personne assez indépendante. C’est ainsi que mes doutes se sont encore plus ancrés en moi. Je n’avais d’autre choix que d’en parler à mon chum.

Après quelques mois de retour au Québec, ça ne va pas mieux. Je ne suis pas heureuse. Je ne suis pas capable de m’ouvrir pleinement à lui et je sens que ce n’est plus comme avant entre nous. Si ça continue ainsi, je pense sérieusement que notre relation va se terminer. Après tous les efforts déjà mis dans notre couple, je me dis que je nous dois une dernière chance. C’est à ce moment que j’ai pris mon courage à deux mains et que j’ai demandé de l’aide. Avec l’accord de mon chum, mais un peu de reculons, j’ai fait appel à une psychologue pour bénéficier d’une bonne vieille thérapie de couple. Vous dire, le feeling que tu ressens le jour du premier rendez-vous… j’avais juste envie de tout annuler! Et bien sûr, ce que je craignais arriva : j’ai éclaté en larmes et j’ai sangloté tout le long du rendez-vous. Le fait de devoir expliquer à une complète inconnue nos problèmes de couple, ce n’est pas mon activité préférée, qu’on se le dise. Et ce fut comme ça pour la grande majorité des rendez-vous avec notre psy. On devait faire ressortir le laid de notre couple pour espérer en revoir le beau, pour travailler sur nous et sur nos faiblesses. Notre psy était formidable! Compréhensive, attentionnée, empathique, mais vraie et franche. Et que dire de mon chum! Il réussissait tellement bien à communiquer ses peurs et ses inquiétudes et je ne l’avais jamais vu s’ouvrir autant. J’ai découvert un tout nouveau côté de lui. Comme si, pour lui, c’était plus facile de parler de tout ça à une inconnue plutôt qu’à sa blonde! Au final, nous avons adoré l’expérience et on remercie encore souvent la vie, mon chum et moi, d’avoir mis sur notre chemin notre psy qui a littéralement sauvé notre couple! C’est un processus ardu qui t’amène à vivre énormément de bas, mais pour finalement conduire à beaucoup de positif. Je le conseille à n’importe quel couple qui vit une passe plus difficile, mais même à ceux qui pensent que tout va bien dans leur couple. Ça amène une tout autre perspective extérieure qui t’ouvre les yeux complètement.

Après avoir mis fin à nos multiples rencontres avec notre psy, ça allait vraiment mieux entre nous. Jamais on avait été aussi heureux ensemble et au même niveau. Puis mon chum a commencé à me parler d’avoir un enfant. Moi qui n’avais toujours pas eu le fameux appel de la maternité, je ne savais pas trop quoi en penser. Après quelques semaines de réflexion, je me suis dit que peut-être je n’aurai simplement jamais ce sentiment de vouloir absolument devenir mère? Peut-être fallait-il seulement que je me lance pour le ressentir! Rendue à l’âge de 30 ans, j’avais trouvé l’homme de ma vie, j’avais une maison à notre image, une job palpitante et une sécurité financière, j’avais tout pour être prête à faire le grand saut.

Et voilà que nous avions commencé le processus de devenir parents. Je me sentais un peu perdue au départ, je ne savais pas trop par où commencer et si le projet allait s’avérer long ou non, mais je me suis lancée dans le vide. Pour quelqu’un qui a cru durant plusieurs années qu’elle n’aurait jamais d’enfant, c’était encore un peu flou dans ma tête.

Il nous a fallu 6 mois pour que je tombe enceinte. Ce matin-là, à 5h30, je suis descendue au sous-sol pour effectuer mon test de grossesse et ne pas réveiller Max, mon chum. Je suis aussitôt retournée me coucher en attendant le résultat. Lorsque le test de grossesse s’est arrêté de clignoter pour indiquer YES+, je n’ai pas eu vraiment de réaction. Bien sûr j’étais contente! Contente que le processus n’aie pas pris plus de temps, sachant que tellement de couples éprouvent des difficultés à ce niveau de nos jours, et contente de débuter ce chapitre excitant. Mais, je ne réalisais pas encore que j’avais réellement un petit être qui se formait tranquillement dans mon ventre. J’ai passé la matinée à regarder mon test de grossesse sans réveiller Max. Une fois qu’il s’est levé pour aller travailler, je n’avais toujours rien dit, j’avais besoin de vivre ça seule pour un instant, pour digérer le tout. Ne vous inquiétez pas, je lui ai préparé quelque chose de spécial pour lui annoncer à son retour, plus tard dans la journée.

Aujourd’hui je suis à 12 semaines de grossesse. Nous avons entendu le cœur du bébé et j’ai eu ma première écho. Le tout se concrétise lentement dans ma tête, maintenant que j’ai pu le voir au travers de l’écran. J’espère ne pas sonner trop vide d’émotion, mais c’est ainsi que je vis ma grossesse, sans gros moments d’excitation, du moins pour le moment, et dans le calme malgré les questionnements. J’imagine que je ne suis pas la seule future maman qui n’a jamais été certaine de vouloir devenir mère, même avec un bébé dans mon ventre. Par contre, je sais que lorsque je vais commencer à avoir une bedaine et que je vais le sentir bouger, ça sera encore plus concret pour moi. Et que dire de lorsque je vais l’avoir dans mes bras. J’imagine que les émotions viendront en temps et lieux. Je veux juste que vous sachiez que si vous aussi vous vous sentez comme ça, que vous n’êtes pas la seule. Que ça ne fait pas de vous une mauvaise future mère pour autant. Vous vivez votre grossesse autrement, mais toujours de façon unique. La façon dont vous le vivez est la meilleure façon pour vous et votre bébé, ça j’en suis convaincue.

J’ai hâte à la suite, j’espère que je serai une bonne maman pour notre petit bébé…